La semaine dernière, je vous disais ce qui m’énerve en Espagne. Vous avez été nombreux à réagir — 11 commentaires, un record sur ce blog, et ça m’a vraiment touché.
Merci.
Alors aujourd’hui, l’autre face de la médaille. Ce que j’aime. Vraiment. Sans fard et sans clichés — juste ce que je vis, chaque jour, à Vistabella Golf sur la Costa Blanca.
Bonne lecture 🌞
Il y a des pays qu’on visite. Et il y en a d’autres qu’on choisit. Expatrié en Espagne depuis février 2025, j’ai eu la chance de beaucoup voyager dans ma vie — l’Asie, les Amériques, des endroits qui marquent. Mais l’Espagne, je l’ai découverte différemment. Ce sont des amis qui m’y ont emmené, il y a six ou sept ans. Un coup de cœur immédiat. De ceux qui ne trompent pas quand on a l’habitude de voyager.
Ces amis vivaient déjà ici comme expatriés. Ils m’ont ouvert la porte. Aujourd’hui, la vie a fait ce qu’elle fait parfois — les chemins divergent, on se voit moins, ou plus du tout, sans vraiment savoir pourquoi. C’est l’une des réalités de l’expatriation qu’on évoque peu.
Mais l’Espagne m’a aussi offert quelque chose que je n’attendais pas : de nouvelles amitiés. Des vraies. De celles qui se construisent lentement, autour d’un verre, d’un barbecue, d’un coup de main donné au bon moment. Des amitiés cœur à cœur, comme on dit.
Dès ces premières visites, je savais que c’est ici que je viendrais vivre ma retraite. Et c’est ce que j’ai fait.
Voici ce que j’aime en Espagne — pas les clichés, mais ce que je vis, chaque jour, à Vistabella Golf sur la Costa Blanca.
Le soleil. Toujours le soleil.
Je sais, ça fait cliché. Mais quand on a passé des décennies sous le ciel belge — ce ciel gris, bas, qui pèse sur les épaules de novembre à mars — on ne prend jamais le soleil pour acquis. Jamais.
À Vistabella Golf, j’ai installé une station météo personnelle. Pas par manie, mais parce que j’aime les chiffres, et que les chiffres ici me font sourire. En janvier, il m’arrive de sortir courir à 9h du matin avec 16 ou 18°C. En Belgique à la même heure, le même jour, Michele me rappellerait de prendre mon bonnet.
Ce n’est pas qu’une question de température. C’est ce que le soleil fait à l’humeur, à l’énergie, à l’envie de bouger. On sort plus. On marche plus. On s’arrête sur une terrasse parce que c’est agréable, pas parce qu’on cherche un abri. La lumière ici a une qualité particulière — dorée le matin, franche à midi, incandescente au coucher. Les photographes le savent. Les peintres aussi. Moi, je l’ai simplement intégrée dans mon quotidien, et je ne voudrais plus m’en passer.
L’été est chaud, oui — franchement chaud. Mais on apprend vite : on vit tôt le matin et en soirée, on respecte la sieste non pas par paresse mais par sagesse méditerranéenne. Et quand septembre arrive, avec ses 28°C et ses lumières rasantes, quelque chose change. Les touristes repartent, les plages retrouvent leur calme, la vie reprend un rythme humain. Gilbert Bécaud l’avait compris avant tout le monde — « C’est en septembre que l’on peut vivre pour de vrai. » Il chantait la France du Sud, mais la phrase aurait pu être écrite ici, sur la Costa Blanca. Septembre, c’est quand mon Espagne me ressemble vraiment.
Ralentir. Enfin.
En Belgique, on est productif. On est efficace. On est ponctuel. Ce sont des qualités, personne ne le nie. Mais il y a un revers : on oublie de vivre entre les deux. On mange vite, on marche vite, on s’excuse presque d’être à la terrasse d’un café un mardi à 11h du matin.
Ici, personne ne s’excuse de rien.
La terrasse, c’est sacré. Le café du matin qui dure, la conversation qui déborde sur l’apéritif, le repas du dimanche qui commence à 14h et se termine quand il se termine — ce n’est pas de la paresse, c’est une philosophie. Les Espagnols ont compris quelque chose que le nord de l’Europe cherche encore : le temps n’est pas un ennemi à battre, c’est un ami à savourer.
Moi qui ai passé des années à courir — professionnellement, logistiquement, mentalement — j’ai appris à marcher. Pas à traîner, mais à être présent. À remarquer la lumière sur les orangers le matin. À m’asseoir sans regarder ma montre. À laisser une conversation aller là où elle veut aller.
La retraite en Espagne, ce n’est pas juste changer de pays. C’est changer de rapport au temps. Et ça, ça n’a pas de prix.
Manger ici, c’est un acte de bonheur.
Je ne suis pas du genre à faire des photos de chaque assiette. Mais depuis que je vis sur la Costa Blanca, j’avoue avoir sorti le téléphone plus d’une fois. Pas pour faire le touriste — pour garder une trace de quelque chose qui méritait de durer.
La gastronomie espagnole, ce n’est pas de la grande cuisine intimidante. C’est une cuisine honnête, généreuse, ancrée dans le territoire. Une paella faite comme il faut — riz, safran, feu de bois — ça n’a rien à voir avec ce qu’on sert dans les restos touristiques du nord de l’Europe. Une seiche à la plancha, quelques gambas, un verre de vin local… Le bonheur, pour moins de 15 euros.
Les marchés sont devenus un de mes rituels. Couleurs, odeurs, producteurs locaux — on achète autrement, on mange autrement. Et puis il y a les découvertes, les petits restos qu’on ne trouve pas dans les guides. Comme La Fusion à La Mata — une adresse que j’ai chroniquée sur le blog et que je recommande sans hésiter, pour la cuisine métissée, l’accueil, et cette atmosphère qui donne envie de rester.
Et le vin. Je ne vais pas faire semblant — le vin espagnol est excellent et accessible. Pas besoin de se ruiner pour boire bien. Depuis que je tiens un suivi de ma cave, je réalise à quel point j’ai exploré de nouvelles régions, de nouveaux cépages. L’Espagne est un terrain de jeu formidable pour qui aime le vin sans se prendre trop au sérieux.
Un paysage qui ne lasse pas.
Il y a des endroits où la beauté du paysage finit par devenir un décor qu’on ne regarde plus. Ici, ça ne m’est pas arrivé. Pas encore. Et je crois que ça n’arrivera pas.
Vistabella Golf, c’est un cadre particulier — les fairways qui serpentent entre les maisons, les palmiers, les orangers en fleur au printemps avec ce parfum de fleur d’oranger qui prend à la gorge la première fois. Mais autour, il y a tellement plus. Les plages de La Mata, de Guardamar, ces longues étendues de sable fin bordées de dunes et de pins qui semblent sortir d’un autre siècle. La mer Méditerranée — pas l’Atlantique avec ses humeurs — une mer calme, bleue, prévisible dans le bon sens du terme.
Il y a aussi l’arrière-pays. Les montagnes qui ferment l’horizon vers l’intérieur, les routes qui traversent des villages où le temps s’est arrêté, les champs d’amandiers en fleur en février — en février ! — qui donnent l’impression qu’un printemps secret a décidé d’arriver avant l’heure.
Et puis il y a les couchers de soleil. Je sais, tout le monde parle des couchers de soleil en Espagne. Mais quand on en vit un depuis sa terrasse, un verre à la main, Michele à côté, on comprend pourquoi les gens en parlent encore.
Expatrié en Espagne :Vivre mieux pour moins cher. Vraiment.
Je vais être honnête — ce n’est pas la raison principale pour laquelle je suis venu vivre en Espagne. Mais c’est un bonus qui change la vie au quotidien.
L’apéritif en terrasse à 2€. Le menu du midi à 12 ou 15€, entrée, plat, dessert et verre de vin compris. Les fruits et légumes au marché — des vrais, des mûrs, pas des tomates insipides emballées sous plastique. L’essence moins chère. Les restaurants où on mange bien sans se ruiner. Tout ça s’accumule, et à la fin du mois, on réalise qu’on a vécu mieux qu’en Belgique pour sensiblement moins.
L’électricité, l’internet haut débit avec VegaFibra, l’assurance — tout est plus accessible. Sans parler de l’immobilier : pour le prix d’un appartement correct à Bruxelles, on peut avoir ici une belle propriété avec terrasse, piscine commune, soleil inclus.
Attention — je ne dis pas que tout est donné. Les impôts existent, la fiscalité espagnole demande à être comprise, et une installation sérieuse mérite un accompagnement sérieux. Mais le rapport qualité de vie / coût de la vie, ici, est difficile à battre en Europe occidentale.
On ne vient pas en Espagne pour faire des économies. On finit par en faire parce qu’on y vit bien.
Les gens qu’on ne cherchait pas et qu’on ne voudrait plus perdre.
Quand on parle d’expatriation, on parle de soleil, de coût de la vie, de démarches administratives. On parle rarement de ce qui est peut-être le plus précieux : les rencontres.
La Costa Blanca est un carrefour humain extraordinaire. Britanniques, Allemands, Scandinaves, Néerlandais, Belges, Français — et les Espagnols, bien sûr, qui observent tout ce petit monde avec une patience et une bienveillance qui les honorent. À Vistabella, on peut croiser en une matinée une Islandaise, un couple de retraités anglais, un Flamand passionné de golf et un Bruxellois qui ne joue pas au golf mais qui a quand même atterri là. C’est notre réalité, et elle est savoureuse.
Au début, on se demande si on va trouver sa place. Et puis ça se fait naturellement — autour d’une piscine, lors d’une réunion de copropriété, à la terrasse du bar du coin. Les liens se créent vite entre gens qui ont tous fait le même saut, qui ont tous laissé quelque chose derrière eux pour construire quelque chose ici.
Et puis il y a les BBQ entre amis. Ces soirées où on se lâche, où on rit à s’en décrocher la mâchoire, où le temps passe sans qu’on s’en rende compte. Ces moments-là, on ne les planifie pas — ils arrivent, et ils deviennent des souvenirs qu’on garde longtemps.
J’avais entendu dire avant de venir que les Espagnols donnent difficilement leur amitié. Peut-être. Mais je suis heureux et fier de pouvoir compter deux Espagnols parmi mes vrais amis — des vrais de vrais. On court ensemble, on boit un verre après, on parle de tout et de rien, de la vie, du monde. Simplement. Et c’est souvent le plus simplement qu’on construit le plus solidement.
J’ai perdu des amis en venant ici — des gens avec qui je pensais partager cette aventure, et que la vie a éloignés sans vraiment prévenir. Mais j’en ai gagné d’autres. Des vrais. Des amis cœur à cœur, comme on dit rarement mais comme on le pense fort.
C’est peut-être ça, la plus belle surprise de l’Espagne.

Et la Belgique, dans tout ça ?
Elle se trouve 2 000 kilomètres plus au nord. Et parfois, c’est bien plus que 2 000 kilomètres.
J’ai la chance d’avoir encore mes parents. Je leur rends visite deux fois par an, et ces moments-là sont précieux — irremplaçables. Mais je vais être honnête, avec vous et avec moi-même : sans eux, je ne sais pas si j’y retournerais encore.
Parce que quand je rentre en Belgique aujourd’hui, j’ai cette sensation étrange d’être dans un pays qui m’est devenu étranger. La sécurité, le savoir-vivre, le rapport à l’autre, la façon dont la ville se vit, dont les gens se croisent — tout me semble différent de ce que j’ai connu. De ce que je vis ici.
Sur ma carte d’identité, il est écrit « Belge. » Mais dans mon cœur, quelque chose s’est déplacé. Je me sens Espagnol — ou du moins, de cette terre-là. Ça peut paraître fou. Peut-être même un peu ingrat envers le pays qui m’a construit. Mais c’est comme ça, et je préfère le dire franchement plutôt que de faire semblant.
Je suis un expatrié. Certains diraient un migrant — et au fond, c’est exactement ce que je suis. Un migrant heureux, qui a trouvé sa place sous le soleil espagnol. Ici, je ne suis pas chez moi par le droit du sang ou du sol. Je le suis par le cœur. Et c’est la meilleure des façons.
Et si c’était ça, la vraie liberté ?
Je ne suis pas philosophe. Je suis juste un Belge qui a fait ses valises et qui ne le regrette pas. Pas le profil qu’on imagine quand on parle de « liberté intérieure. »
Et pourtant.
Depuis que je vis ici, quelque chose s’est dénoué. Difficile à expliquer précisément — c’est fait de petites choses. Le matin où je sors courir et où je réalise que je n’ai nulle part où être à une heure précise. Le soir où Michele et moi regardons le ciel virer à l’orange depuis la terrasse sans qu’aucun de nous deux n’ait envie de parler. La sensation, profonde et tranquille, d’avoir fait le bon choix.
On travaille toute une vie en se disant « plus tard. » Plus tard je voyagerai. Plus tard je prendrai le temps. Plus tard je vivrai autrement. L’Espagne m’a appris que « plus tard » peut devenir « maintenant » — si on ose.
Ce n’est pas un pays magique. Les problèmes existent, l’administration aussi, et il y a des jours gris même sous le soleil. Mais il y a une légèreté ici — dans l’air, dans les gens, dans le rythme — qui finit par rentrer en soi. Et qu’on ne voudrait plus quitter.
J’ai voyagé partout dans ma vie. J’ai eu cette chance. Et c’est ici, à Vistabella Golf, que j’ai enfin posé mon sac.
Vraiment posé.
En guise de conclusion
Vous connaissez maintenant ce qui m’irrite et ce qui me fait du bien. Ce texte ne cherche pas à convaincre, encore moins à blesser. Il vient de là — du fond de moi.
Tout le monde n’a pas l’envie, ni la possibilité de faire ce pas. Je le sais, et je le respecte profondément. Mais si vous l’avez, cette envie — ne la laissez pas mourir sous la pluie.
Faire le choix de s’expatrier ici, je ne le regrette pas. Pas une seule seconde.
Ce pays ne m’appartiendra jamais sur le papier. Mais il m’appartient là où ça compte — là où on range les choses qu’on ne veut plus perdre.
Et moi, en septembre comme en janvier, je m’endors sous l’olivier. Et je ne changerais ça pour rien au monde.
A+
Rohnny 😀





